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18/01/2008

TU NE SERAS JAMAIS MINEUR, MON FILS !

 

Comme j’aimais, étant jeune, sentir la rude main calleuse de mon père se poser sur la mienne… tandis qu’il me racontait ses « aventures » au fin fond de cette mine qui lui prenait la santé, chaque jour un peu plus…

Les mots tourbillonnaient dans ma tête d’enfant de huit ou neuf ans, comme pour faire une fête : barrou, cage, puits de mine, galibot, les à-bouts, galerie, marteau-piqueur, haveuse…

-         Dis, m’emmèneras-tu un jour, là où tu travailles ?

-         Au grand jamais, tu ne devras te faire embaucher comme mineur, mon garçon. Apprends bien à l’école pour faire autre chose que ce métier ingrat, me répondait-il…

Pour Marcel

 

Mais il continuait à me parler de son travail et répondait à presque toutes mes questions…

 

Les chevaux aveugles au fond de la mine, la poussière de charbon et des schistes qui donnaient la silicose, la façon dont il prenait son repas en retirant la gamelle ou les tranches de pain de sa musette (on ne disait pas encore sandwichs à l’époque…) fourrées de pâté, de saucisson ou de fromage, que ma mère lui avait préparées (son « briquet », comme l’on disait couramment dans le bassin minier), comment était abattu le charbon, l’étayage des galeries, et comment étaient triées, au lavoir, les terres charbonneuses extraites de la mine afin d’en séparer la précieuse houille… un travail de femmes !...

Il évoquait tous les dangers qui guettent le mineur imprudent, irrespectueux des règles de sécurité… toutes les fois où un morceau de roche ou de charbon (une « gaillette »), souvent plus gros qu’un ballon de football, lui était tombé dessus. Il en portait des marques bleuâtres sur tout le corps, son dos en était couvert… le grisou, cet ennemi invisible et pernicieux qui s’infiltre là où on ne l’attend pas… Il m’expliquait comment fonctionnaient les lampes de mineur et comment on pouvait détecter ce maudit gaz…

 

Il avait connu quelques frayeurs lors de l’éboulement de parties de galerie, mais n’avait jamais, fort heureusement, été confronté à une catastrophe !

 

Il me racontait comment le travail fut encore plus pénible lorsque, après-guerre, ordre avait été donné de « remonter la France  » par l’augmentation –entre autres- de la production de charbon et comment les mineurs polonais ou algériens travaillaient alors comme des forcenés. Dans ces conditions, combien cela dut être difficile, pour lui, pour être reconnu, en 1948, comme le meilleur ouvrier de la fosse n° 4 des Mines de Lens ! Il faut dire qu’il était costaud et autant il était assez petit et râblé que moi j’étais élancé et mince ! C’est peut-être aussi pour cela qu’il ne voulait pas que, plus tard, je m’use la santé dans un tel métier !

 

Les années passèrent et à l’école, je m’efforçais d’avoir de bonnes notes afin qu’il fut fier de moi et que l’obsession qu’un jour je sois mineur de fond s’éloignât de plus en plus de son esprit !

 

Après trente-six années comme mineur de fond, mon père continua de travailler comme terrassier dans une entreprise de travaux publics afin de payer mes études…jusqu’à l’année de mon baccalauréat.

 

Il s’est encore écoulé quelques années, je me suis marié, et un jour, alors que nous lui avions rendu visite, j’ai su que sa fin était proche, que la silicose allait l’emporter.

En effet, ce jour-là, il n’avait pas pu faire la moindre chose dans son jardin…

Deux jours après, nous apprenions son décès, en pleine nuit, presque à l’heure où, lorsqu’il était mineur, il se levait pour aller travailler, quand il était « du matin »… 3 heures et demie… 

18:05 Publié dans Nord - Pas de Calais | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pour marcel | | | | | Pin it!

Commentaires

Bel hommage à ton papa ! c'est vrai qu'ils travaillaient durs ces mineurs et pourtant ils l'aimaient et en étaient fiers de leur mine !
Amitiés
Biche

Écrit par : Biche | 18/01/2008

c'est un texte de Marcel... Bel hommage ! bises de miche

Écrit par : miche | 21/01/2008

Les commentaires sont fermés.