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17/01/2012

VIEILLIR selon Bernard PIVOT...

Une petite réflexion sur le temps qui passe...

VIEILLIR

Selon Bernard Pivot

Extrait de son livre paru en avril  2011 : Les mots de ma vie

Bernard Pivot.jpg

 


Vieillir, c’est chiant. J’aurais pu dire : vieillir, c’est désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible, c’est déprimant, c’est mortel. Mais j’ai préféré « chiant » parce que c’est  un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste.


Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira. Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance. On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant. On était bien dans sa peau. On se sentait conquérant. Invulnérable. La vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien. Même à soixante. Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme. Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps – mais quand – j’ai vu le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l’âge qu’ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge. J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard. Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables. Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge.

Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants. « Avec respect », « En hommage respectueux », Avec mes sentiments très respectueux ». Les salauds!  Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? Les cons ! Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus!

Un jour, dans le métro, c’était la  première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place. J’ai failli la gifler.  Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. « Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J’ai pensé que… » Moi aussitôt : «Vous pensiez que…? -- Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir. – Parce que j’ai les cheveux blancs ? – Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ç’a été un réflexe, je me suis levée…-- Je parais beaucoup, beaucoup plus âgé que vous  ? –Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge… --Une question de quoi, alors ? – Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois…» J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.

Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni à la sexualité, ni au rêve. Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises. C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent. C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie. La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce. J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’adagio du Concerto no 23 en la majeur de Mozart, soit, du même, l’andante de son Concerto no 21 en ut majeur, musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà.

Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés. Nous allons prendre notre temps.  Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement. Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années ? En mois ? En jours ? Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital. Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération. Après nous, le déluge ? Non, Mozart.

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13:50 Publié dans Philo, Poésie, Littérature | Lien permanent | Commentaires (6) | | | | | Pin it!

Commentaires

J'avais mis toute une tartine et j'enlève.
Oui, c'est chiant pour certains qui peuvent encore voyager, rire, chanter, lire, etc... Et c'est très bien
D'autres ne verront pas les choses de la même façon.

Moi, si on me cède la place dans le métro, je prends.
Au moins, restons jeunes par l'esprit
Bises
Geneviève

Écrit par : Geneviève | 17/01/2012

vieillir ça ne m'amuse pas mais je n'ai pas trouvé d'autre moyen pour vivre longtemps
bises

Écrit par : josette | 17/01/2012

Moi, je ne prends jamais le métro, donc... je ne suis pas vieux?
Au lieu de "lutter" contre le vieillissement, je dirais plutôt "arranger" le vieillissement, mais avec les mêmes arguments!
Amitiés

Écrit par : Serge ® | 17/01/2012

Un texte qui exprime très bien ce que les gens ressentent en voyant les personnes d'un certain âge !! Pas dans le métro , il n'y en a pas chez nous , mais dans les hypermarchés , les caissières sont super gentilles , les clients parfois , me font passer les paquets etc .
Je me disais , les gens sont bien sympa et maintenant je sais pourquoi ils deviennent de plus en plus serviables , c'est que moi je deviens de plus en plus vieille !
ZUT .
Comme le dit Josette , c'est la seule façon de vivre longtemps !
Pivot , nous aimions bien ses dictées et son livre est intèressant !
Merci et bonne soirée ! bises . huguette

Écrit par : macary huguette | 17/01/2012

Je me suis rendu compte un après-midi où je faisais les courses à Dijon, que j'étais devenue "pas toute jeune" !!!!! Je me promenais en ville et traversais une rue piétonne lorsque je me suis trouvée au milieu d'un groupe de jeunes (tous beaucoup plus grands que moi) et soudain j'ai entendu ! "alors mamie perdue ???" Je ne sais pas comment j'ai fait, ou d'où ils sont venus, mais j'étais vraiment au milieu de la route au centre de ce groupe de gamins !!!!
et oui je me suis je dit ? ils sont loin mes 20 ans de mai 68 !
Bisous
Christiane

Écrit par : Christiane | 17/01/2012

Classe 1952,sexa bientôt;et oui,"on" a commencé à me laisser la place dans le bus,"on a osé,alors je réponds que je veux grandir de 3 ou 4 centimètres,ça détend l'atmosphère,et j'évite d'étrangler la "d'jeun"!
Finalement,c'est plus le poids des chagrins qui nous fait vieillir,nous courber...
Bonne journée Gérard
Christiane

Écrit par : christiane06 | 19/01/2012

Les commentaires sont fermés.