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22/02/2016

UNE ANCIENNE TRADITION...

Lors de nos dernières vacances en Languedoc, nous promenant un samedi matin de juin dans les rues de Pézenas où se tient le marché hebdomadaire, notre attention fut attirée par l'écho de gens qui chantaient une drôle de chanson à la terrasse d'un café.

En nous approchant, nous avons constaté qu'il s'agissait d'une parodie de mariage, un homme était déguisé en mariée et autour de lui, d'autres personnages, également travestis (une bonne soeur, une sorcière, une cuisinière...) chantaient à tue-tête une chanson où le mot "nobio" revenait sans cesse.

Renseignements pris sur le Net, ce mot, "nobio", d'origine occitane, signifie "mariée" et j'ai pu retrouver, toujours sur la toile, une ancienne tradition (ariégeoise, mais l'Ariège, c'était aussi le Languedoc, autrefois) qui consistait à mettre en scène la promise et le fiancé ; la première, enfermée en sa maison avec ses parents et amis et un portier ; le second, attendant dehors avec ses amis en ayant apporté bijoux et autres cadeaux pour sa bien-aimée. 

Voici un extrait de la description de cette coutume :

 

La noubio (1).JPG

  

Quelques temps avant la noce, et lorsque celle-ci a été fixée, les fiancés ont député auprès de leurs parents et amis, plusieurs jeunes gens et jeunes filles qui vont annoncer la bonne nouvelle et faire les invitations. On les appelle « les embitadous ». Les inviteurs. Ensuite le fiancé conduit sa future chez le bijoutier pour lui acheter « les ors », les joyaux. La coutume veut qu'il lui offre l'alliance et les pendants. Ces derniers sont très souvent suspendus aux oreilles de la craintive demoiselle par le bijoutier lui-même qui, de crainte de manquer la vente, s'empresse de saisir le bouchon de liège et l'aiguille d'argent pour percer les lobes frais et roses, gonflés de sang généreux.

La mariée, « la nobio », apporte rarement une dot en argent. Mais elle apporte toujours le trousseau. « Le noubial » c'est-à-dire : le lit, généralement construit de neuf, en bois de noyer, la vaste armoire, « le cabinet », avec tout le linge nécessaire : draps de lit, mouchoirs, bas, corsages, robes, torchons, serviettes, etc... Tout le linge blanc est finement brodé et c'est la jeune fille elle-même qui en a exécuté patiemment la broderie pendant les veillées d'hiver ou en gardant le troupeau dans les herbages. Ce linge est également marqué aux initiales de la jeune fille.

Le noubial est conduit chez le futur marié peu de jours avant la noce, soit sur une charrette, soit à dos de mulet lorsque les chemins sont difficiles. Le bouvier, habillé de neuf, « cambiat » a accroché un bouquet de fleurs des champs à son long aiguillon, et ses bœufs sont également ornés de fleurs. Lorsque le voyage a lieu à dos de mulet, les bêtes portent aussi des fleurs et des pompons accrochés à la grelottière. La jeunesse qui a été invitée à la noce accompagne le conducteur. Arrivée devant la porte du marié, elle chante : « Ouvrez portes et contrevents. Que bous pourtan de bèliç présents » (Car nous vous portons de beaux présents).

Le trousseau de la mariée était aussi en usage chez les anciennes familles nobles de notre contrée. Dans ces mêmes vallées et celles de la haute Ariège et de l'Hers, avait lieu naguère une cérémonie curieuse, au domicile de la fiancée, la veille du mariage. Le fiancé, escorté de ses camarades, arrive devant la maison de la nobio où règne une animation inaccoutumée. La porte est verrouillée et un silence impressionnant s'établit tout à coup à l'intérieur. On frappe. - Qui est là, demande-t-on de l'intérieur ? Au dehors une voie suppliante répond : - C'est un mendiant qui désire la charité. Ou bien : - C'est un voyageur égaré qui demande l'hospitalité, etc... Et la voix de l'intérieur réplique : « Tempo-li la porto, pourtié ; demando-li que porto ? »  (Ferme-lui la porte, portier ; demande-lui ce qu'il porte). Au bout d'un moment les jeunes gens du dehors déclarent : « le nobi à la porto, nobio ! » (Le marié est à la porte, mariée !) A l'intérieur toujours la même question : demande-li que porto ?

La noubio (2).JPG

Cette scène à laquelle nous avons assisté et alors que les participants se donnaient la réplique en chantant, me semble correspondre à la suite du descriptif de cette tradition (*) :

Alors les amis du fiancé, dans une chanson interminable, et au gré des improvisations, énumèrent tour à tour les cadeaux qu'ils apportent. C'est : « La cansou de la nobio », la chanson de la mariée, qu'ils chantent sur un air dolent :

  • Les de deforo, les sabatous t'en porto, nobio. Les sabatous t'en porto.

     [ Ceux du dehors: Il te porte les souliers, mariée, Il te porte les souliers ]

  • Les de dedins : E tempo-li la porto, pourtié ; Demando-li que porto ?

     [ Ceux du dedans : et ferme-lui la porte, portier, demande-lui ce qu'il porte ? ]

 Toutes les pièces de la toilette et du vêtement de la mariée sont énumérées dans la chanson : les bas, la chemisette, le tablier, le corsage, la robe, le jupon, etc. Au dedans la réponse est toujours la même et la porte reste verrouillée. A la fin de l'énumération la voix du fiancé s'élève : « les jouièls d'amour t'en porti, nobio (Les joyaux d'amour je t'apporte, mariée). À ces mots enchanteurs, la porte s'ouvre à deux battants et toute la jeunesse s'engouffre dans la maison. La fiancée apporte une cruche de vin et en emplit un « pourro » qui circule à la ronde.

(Le pourro est une sorte de cruche en verre munie d'un bec très fin avec laquelle on boit à la régalade).

*

(*) : Toutefois, il se peut que je m'égare !...  ;-)

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Bonne journée et bonne semaine à tous !

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07:00 Publié dans Cultures, LANGUEDOC | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | | Pin it!

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