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21/10/2008

ALEXANDRE POUCHKINE

Ce poème de Pouchkine, romancier, dramaturge et poète russe, ne sera pas sans vous rappeler le poème de Ronsard  « Mignonne, allons voir si la rose », surtout qu’il se termine de la même façon, sur une invitation à vivre pleinement le temps de la jeunesse.
C ’est parce que Pouchkine fut un fervent francophile et que, dès son enfance, il lut beaucoup les auteurs français et s'en inspira : il fut même surnommé « le Français » par ses camarades de lycée !...
*****
medium_Roses.jpg

Stances

 

***

Avez-vous vu la tendre rose,
L'aimable fille d'un beau jour,
Quand au printemps à peine éclose,
Elle est l'image de l'amour ?

Telle à nos yeux, plus belle encore,
Parut Eudoxie aujourd'hui :
Plus d'un printemps la vit éclore,
Charmante et jeune comme lui.

Mais, hélas ! les vents, les tempêtes
Ces fougueux enfants de l'hiver,
Bientôt vont gronder sur nos têtes,
Enchaîner l'eau, la terre et l'air.

Et plus de fleurs et plus de rose,
L'aimable fille des amours
Tombe fanée, à peine éclose :
Il a fui, le temps des beaux jours !

Eudoxie, aimez ! Le temps presse ;
Profitez de vos jours heureux
Est-ce dans la froide vieillesse
Que de l'amour on sent les feux !

 

*****

[ Alexandre POUCHKINE (1799-1837) ]

 

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11/10/2008

JEAN COCTEAU

Jean COCTEAU nous quittait le même jour qu'Edith PIAF, le 11 octobre 1963...

Poète, auteur de théâtre, dessinateur, cinéaste, COCTEAU a marqué son époque ; et toute son oeuvre, quel qu'en soit le domaine, est empreinte de surréalisme, mouvement dont il fut l'un des artisans, à l'image de ce poème :

OPERA

Accidents du mystère et fautes de calculs
Célestes, j’ai profité d’eux, je l’avoue.
Toute ma poésie est là : Je décalque
L’invisible (invisible à vous).
J’ai dit : « Inutile de crier, haut les mains !
Au crime déguisé en costume inhumain ;
J’ai donné le contour à des charmes informes ;
Des ruses de la mort la trahison m’informe ;
J’ai fait voir en versant mon encre bleue en eux,
Des fantômes soudain devenus arbres bleus.
Dire que l’entreprise est simple ou sans danger
Serait fou. Déranger les anges !
Découvrir le hasard apprenant à tricher
Et des statues en train d’essayer de marcher.
Sur le belvédère des villes que l’on voit
Vides, et d’où l’on ne distingue plus que les voix
Des coqs, les écoles, les trompes d’automobile,
(Ces bruits étant les seuls qui montent d’une ville)
J’ai entendu descendre les faubourgs du ciel,
Etonnantes rumeurs, cris d’une autre Marseille.

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[ Jean COCTEAU (1889 – 1963) ]

 

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09/10/2008

ANNA DE NOAILLES

Demandez à n'importe qui de citer cinq poètes français de renom, il vous les livrera rapidement et sans hésitation. Demandez à cette même personne de nommer cinq poétesses françaises connues ; sauf à être un fervent amateur de poésie, il aura bien des misères à vous en citer une ou deux, peut-être...

 

 

Anna de NOAILLES, poétesse et romancière, comtesse et fille de prince et de princesse d'origine roumaine, fait partie des exceptions et son nom aurait des chances d'être mentionné par votre interlocuteur.

 

Elle est à l'origine de la création, en 1904, avec d'autres femmes, du prix "Vie heureuse", qui deviendra plus tard le prix Fémina...

 

 

Il n'empêche que, si peu de femmes se sont adonnées à la poésie avec succès, lorsqu'elles le font, leurs oeuvres n'ont pas grand'chose à envier aux meilleurs amants des Muses !

 

*****

La vie profonde

 

medium_Tête_humaine_-_arbre.jpg

 

 Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et
la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace !

Sentir, dans son coeur vif, l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
- S'élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...

 

[ Anna de NOAILLES (1876-1933) – Recueil : Le Cœur Innombrable ]

 

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04/10/2008

JULES MOUSSERON

Une fois n'est pas coutume, je vous propose aujourd'hui un poème de Jules MOUSSERON (1868-1943), poète du Nord et père de CAFOUGNETTE, personnage humoristique, haut en couleurs (bien qu'inspiré des mineurs de fond, aussi appelés les... "gueules noires" !).

 

medium_Jules_Mousseron.jpg

Présentation de J. MOUSSERON, extraite du site  http://cafougnette.com :

 

Mineur de fond et poète, Jules Mousseron fut célèbre dans tout le Nord de la France jusqu'à sa mort en 1943. Il courait la région avec ses spectacles, faisant salle comble. Son personnage fétiche, Cafougnette, dont il contait les aventures en textes rimés, a quelque peu éclipsé la notoriété de son créateur. Au point que beaucoup n'ont plus idée de l'origine de ce sobriquet. Aussi parle t'on de « cafougnettes » à propos d'histoires drôles en picard, en ch'timi... Ces « blagues » étant bien sûr inventées de toutes pièces, sans rapport avec Mousseron ou ses écrits. Cafougnette c'est Toto, c'est Marius…

Facheuse rinscontre

I f'sot brun soir. El nuit étot complète.
Dins les corons in n' véyot point eun' pette.
Point eun' leumièr'. Les gins étott'nt au lit.
In n' véyot pas clair à quat' pas d'vant li.

Un carbonnier r'gagnot viv'mint s' démeure,
Claquant s' chabot sans s'imbararrasser d' l'heure,
S' pipe à ses dints, el bourgeron flottant,
Allongeant l' pas, i allot friant-battant.

Dins un peignon, ah ! bon sins ! queu culbute !
Sur un piquet, v'là-t-i pas qu'il arbute !
Berdouff ! un cop à être estomaqué,
Rinviant l' coron tell'mint qu'il a buqué.

L' main su s' boursiau, i crie et s' déclaminte
Après l' piquet qui li-a épautré l' vinte :
"Cré fainéant ! qué té m'as fait du mau !
Si t' s'ros un homme, ej té poche el gasiau !"

Jules
MOUSSERON
Eclats de Gaillettes (1913)

 

PETIT LEXIQUE pour vous aider à comprendre le poème :

Pette : miette
Chabot : sabot
Bourgeron : vêtement de travail en toile
Peignon : pignon d'une maison
Arbuter : se cogner
Rinvier : éveiller
Buquer : heurter en faisant beaucoup de bruit
Boursiau : bosse sur la tête
Déclaminter : se lamenter
Epautré : serré
Vinte : ventre
Pocher el gasiau : étrangler (le gosier)

medium_Zeph_Cafougnette.jpg
Zeph CAFOUGNETTE, statue de la ville de Denain (Nord).

01/10/2008

CHARLES CROS

Charles Cros, né à Fabrezan, dans l'Aude, le 1er octobre 1842, est un poète, ami de Verlaine et Rimbaud, mais il est moins connu en tant que physicien, pionnier de l'enregistrement sonore...

En effet, il imagina d'inventer un phonographe, en 1877, juste avant Thomas Edison (mars 1878) et qu'il baptisa "paléophone". Mais il ne sut pas tirer profit de son idée, ni la développer.

Autre point commun avec Edison : en 1867, il présenta un prototype de télégraphe automatique. 

Il est indirectement connu du grand public parce qu'en 1947, fut créée, en son honneur, par un groupe de critiques et spécialistes du disque, "l'Académie Charles Cros", association qui récompense chaque année, par un Grand Prix du Disque, des oeuvres musicales originales dans les domaines de la chanson populaire, mais aussi du jazz ou de la musique classique...

medium_Portrait_de_Charles_Cros.jpg

 Le site Internet de la commune de Fabrezan en parle surtout en tant que poète :

Charles Cros est né en 1842 à Fabrezan dans l'Aude. De 1850 à 1859, il accomplit ses études : langues anciennes, modernes, mathématiques, musique. En 1860, il entreprend des études de médecine qu'il abandonnera en 1863. En 1867, à l'Exposition universelle, Charles Cros présente un télégraphe automatique. Le 2 décembre de la même année, il dépose à l'Académie des sciences un pli cacheté sur la reproduction des couleurs, des formes et des mouvements. 

"Bachelier à 14 ans, étudiant le sanscrit à 16, scientifique de haut niveau, ami des plus grands poètes de son époque, toutes tendances confondues, Charles Cros fut trop libre d'esprit pour faire partie des poètes officiels et pas assez amer pour qu'on l'associe aux "poètes maudits" après sa mort. Pas assez "moderne" pour attirer l'attention des exégètes de l'avant-garde, pas assez classique pour obtenir les suffrages des tenants de la tradition, pas assez riche ni conventionnel pour que la bourgeoisie l'adopte comme poète emblématique, pas assez pauvre, pas assez bruyamment révolté pour être le chef de file de ceux pour qui le poète doit nécessairement attaquer tous les ordres établis, Cros est un poète trop difficilement classable pour qu'il puisse prétendre à la postérité pour autre chose que sa seule poésie.

Heureusement, elle est là, qui ne vieillit pas, évoquant, sans trop de ressentiments, les difficultés du poète à survivre dans un monde où "le bonheur est 1 suivi de six zéros", parce que, sans autre ambition qu'être lui-même et reconnu comme tel, il est avant tout cet amant de la beauté, qui vaut bien après tout autant "que les princes les évêques et les receveurs généraux" et mérite donc, au moins aussi bien qu'eux "sa part d'eau, de soleil, de pastèques".

*****

 

Le "Coffret de Santal", son recueil de poèmes le plus connu, paraît en 1873. Parallélement, il est le rédacteur en chef de la "Revue du monde nouveau" et publie "le Fleuve", illustré d'eaux-fortes de Manet. Jusqu'à la fin de sa vie, il collabore aussi à de nombreuses autres revues et écrit des monologues, dont certains seront publiés.

Charles Cros décédera à Paris, le 9 août 1888, alors que la majeure partie de son oeuvre reste inédite.

J'ai déjà fait figurer un poème de Charles Cros, sur ce blog, en décembre 2007 : "le Hareng saur" (l'un des plus connus) extrait du "Coffret de Santal". Voici donc, "Insoumission", poème inclus dans le recueil "le Collier de Griffes" :

 

Insoumission

*

A Lionel Nunès.

Vivre tranquille en sa maison,
Vertueux ayant bien raison,
Vaut autant boire du poison.

Je ne veux pas de maladie,
Ma fierté n'est pas refroidie,
J'entends la jeune mélodie.

J'entends le bruit de l'eau qui court,
J'entends gronder l'orage lourd,
L'art est long et le temps est court.

Tant mieux, puisqu'il y a des pêches,
Du vin frais et des filles fraîches,
Et l'incendie et ses flammèches.

On naît filles, on naît garçons.
On vit en chantant des chansons,
On meurt en buvant des boissons.

***

30/09/2008

LA PLUIE

Un poème de circonstance (tout au moins, sur le Nord-Pas de Calais, aujourd'hui !)...

Pluie

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Il pleut. J'entends le bruit égal des eaux ;
Le feuillage, humble et que nul vent ne berce,
Se penche et brille en pleurant sous l'averse ;
Le deuil de l'air afflige les oiseaux.

La bourbe monte et trouble la fontaine,
Et le sentier montre à nu ses cailloux.
Le sable fume, embaume et devient roux ;
L'onde à grands flots le sillonne et l'entraîne.

Tout l'horizon n'est qu'un blême rideau ;
La vitre tinte et ruisselle de gouttes ;
Sur le pavé sonore et bleu des routes
Il saute et luit des étincelles d'eau.

Le long d'un mur, un chien morne à leur piste,
Trottent, mouillés, de grands boeufs en retard ;
La terre est boue et le ciel est brouillard ;
L'homme s'ennuie : oh ! que la pluie est triste !

***

[ René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907) – Recueil : Stances et poèmes ]

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19/09/2008

LE CYGNE

Le cygne

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***

 

Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l'onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
A des neiges d'avril qui croulent au soleil ;
Mais, ferme et d'un blanc mat, vibrant sous le zéphire,
Sa grande aile l'entraîne ainsi qu'un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
Le courbe gracieux comme un profil d'acanthe,
Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante. (…)

 

***

 

[ René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907) – Recueil : Les Solitudes ]

 

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06/09/2008

AU FIL DES SAISONS...

Dans les bois

 

 

medium_OISEAU_DES_BOIS.2.jpg

*

Au printemps l'oiseau naît et chante :
N'avez-vous pas ouï sa voix ?...
Elle est pure, simple et touchante,
La voix de l'oiseau - dans les bois !

L'été, l'oiseau cherche l'oiselle ;
Il aime - et n'aime qu'une fois !
Qu'il est doux, paisible et fidèle,
Le nid de l'oiseau - dans les bois !

Puis quand vient l'automne brumeuse,
il se tait... avant les temps froids.
Hélas ! qu'elle doit être heureuse
La mort de l'oiseau - dans les bois !

***

[ Gérard de NERVAL (1808 – 1855) – Recueil : Odelettes ]

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01/09/2008

LA LYS

La Lys

 

Lys tranquille, Lys douce et lente
Dont le vent berce, aux bords, les herbes et les plantes,
Vous entourez nos champs et nos hameaux, là-bas,
De mille et mille méandres,
Pour mieux tenir serrée, entre vos bras,
La Flandre. (...)
 

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Lys tranquille et familiale,
On vous adore au fond des bourgs et des hameaux ;
Vous reflétez leurs deuils et côtoyez leurs maux,
Tout comme, aux temps joyeux, vous mirez dans vos eaux
Les cortèges, les guirlandes et les drapeaux
Des kermesses paroissiales.
(…)

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[ La Lys à Gand (Belgique) ]

 (...)

Ainsi, Lys héroïque, utile, aimante et sage
Comme un mouvant bienfait vous frôlez les maisons,
Et vous vous attardez, en votre long voyage
Pour n'oublier personne au fond des horizons.

 

[ Emile VERHAEREN (1855-1916) – Recueil : Toute la Flandre ]

 

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18/08/2008

VOICI QUE LA SAISON DECLINE...

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[ La moisson (1565) - Pieter BRUEGHEL ]
*****
Voici que la saison décline

Voici que la saison décline,
L'ombre grandit, l'azur décroît,
Le vent fraîchit sur la colline,
L'oiseau frissonne, l'herbe a froid.

Août contre septembre lutte ;
L'océan n'a plus d'alcyon ;
Chaque jour perd une minute,
Chaque aurore pleure un rayon.

La mouche, comme prise au piège,
Est immobile à mon plafond ;
Et comme un blanc flocon de neige,
Petit à petit, l'été fond.

 

****

[ Victor HUGO (1802-1885) – Recueil : Dernière Gerbe ]

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