dimanche, 11 mai 2008
LES CANOTIERS
[ RENOIR – Le déjeuner des canotiers, 1881 ]
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Vous êtes dans le vrai, canotiers, calicots
Vous êtes dans le vrai, canotiers, calicots !
Pour voir des boutons d'or et des coquelicots,
Vous partez, le dimanche, et remplissez les gares
De femmes, de chansons, de joie et de cigares,
Et, pour être charmants et faire votre cour,
Vous savez imiter les cris de basse-cour.
Vous avez la gaîté peinte sur la figure.
Pour vous, le soir qui vient, c'est la tonnelle obscure
Où, bruyants et grivois, vous prenez le repas ;
Et le soleil couchant ne vous attriste pas.
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[ François COPPEE (1842-1908) – Recueil : Promenades et Intérieurs ]
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jeudi, 24 avril 2008
GERARD DE NERVAL
Le coucher du soleil
Quand le Soleil du soir parcourt les Tuileries
Et jette l'incendie aux vitres du château,
Je suis la Grande Allée et ses deux pièces d'eau
Tout plongé dans mes rêveries !
Et de là, mes amis, c'est un coup d'oeil fort beau
De voir, lorsqu'à l'entour la nuit répand son voile,
Le coucher du soleil, - riche et mouvant tableau,
Encadré dans l'arc de l'Etoile !
***
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[ Gérard de NERVAL (1808 – 1855) / Recueil : Odelettes ]
14:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 10 avril 2008
HEUREUX QUI, COMME ULYSSE...
Un poème de circonstance...
Heureux qui, comme Ulysse,
a fait un beau voyage
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :
Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.
[ Joachim du BELLAY (1522-1560) – Recueil : Les Regrets ]
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mardi, 01 avril 2008
AVRIL
Avril
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La neige fond partout ; plus de lourde avalanche.
Le soleil se prodigue en traits plus éclatants ;
La sève perce l'arbre en bourgeons palpitants
Qui feront sous les fruits, plus tard, plier la branche.
Un vent tiède succède aux farouches autans ;
L'hirondelle est absente encor ; mais en revanche
Des milliers d'oiseaux blancs couvrent la plaine blanche,
Et de leurs cris aigus rappellent le printemps.
Sous l'effluve fécond il faut que tout renaisse...
Avril c'est le réveil, avril c'est la jeunesse.
Mais quand la Poésie ajoute : mois des fleurs -
Il faut bien avouer - nous que trempe l'averse,
Qu'entraîne la débâcle, ou qu'un glaçon renverse -
Que les poètes sont d'aimables persifleurs.
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[ Louis-Honoré FRECHETTE (1839-1908) - Recueil : Oiseaux de neige ]
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mardi, 18 mars 2008
UNE BIEN BRAVE BETE !
Une petite histoire toute simple, d'enfants égarés, merveilleusement contée, sous forme de poème, par Maurice ROLLINAT...
LA BONNE CHIENNE
Les deux petits jouaient au fond du grand pacage ;
La nuit les a surpris, une nuit d'un tel noir
Qu'ils se tiennent tous deux par la main sans se voir
L'opaque obscurité les enclôt dans sa cage.
Que faire ? les brebis qui paissaient en bon nombre,
Les chèvres, les cochons, la vache, la jument,
Sont égarés ou bien muets pour le moment,
Ils ne trahissent plus leur présence dans l'ombre.
Puis, la vague rumeur des mauvaises tempêtes
Sourdement fait gronder l'écho.
Mais la bonne chienne Margot
A rassemblé toutes les têtes
Du grand troupeau... si bien que, derrière les bêtes,
Chacun des deux petits lui tenant une oreille,
Tous les trois, à pas d'escargot,
Ils regagnent enfin, là-haut,
Le vieux seuil où la maman veille.
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[ Maurice ROLLINAT (1846 – 1903) Recueil : Paysages et Paysans ]
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10:45 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
mercredi, 12 mars 2008
LE CIEL EST PAR-DESSUS LE TOIT
Verlaine a écrit ce poème alors qu’il était en prison pour avoir blessé son ami Arthur RIMBAUD… Le recueil de tous les poèmes qu’il écrivit en prison devait s’appeler « Cellulairement » mais Verlaine se convertit au catholicisme et changea le nom du recueil en « Sagesse »... Il y a sûrement un rapport de cause à effet...
Le ciel est par-dessus le toit
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.
La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte.
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.
Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?
[ Paul VERLAINE (1844 – 1896 ) – Recueil : Sagesse ]
11:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
lundi, 03 mars 2008
LE MOIS DE MARS
J’ai trouvé deux poèmes relatifs au mois de mars. Le premier, celui de Fréchette, dépeint ce mois comme la prolongation de l’hiver et le considère ennuyeux et froid, mais le poète est canadien et ceci explique peut-être cela… Le second poème, celui de Sully Prudhomme, est plus optimiste et l’interprète bien comme un renouveau, bien que les dernières strophes soient plus nuancées… Une certaine amertume transparaît à leur lecture, pourtant, Sully Prudhomme n’avait que 30 ans quand il a écrit son recueil de poésies « les Solitudes »
Mars
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Adieu les jours sereins, et les nuits étoilées !
La neige à flocons lourds s'amoncelle à foison
Au penchant des coteaux, dans le fond des vallées
C'est le dernier effort de la rude saison.
C'est le mois ennuyeux, le mois des giboulées ;
Des frimas cristallins l'étrange floraison
Brode ses fleurs de givre aux branches constellées ; -
Là-bas un trait bronzé dessine l'horizon.
Le vieux chasseur des bois dépose ses raquettes ;
Plus d'orignaux géants, plus de biches coquettes,
Plus de course lointaine au lointain Labrador.
Il s'en consolera, dans la combe voisine,
En regardant monter sur un feu de résine
La sève de l'érable en brûlants bouillons d'or.
[ Louis-honoré FRECHETTE (1839-1908) - Recueil : Oiseaux de neige ]
Mars
En mars, quand s'achève l'hiver,
Que la campagne renaissante
Ressemble à la convalescente
Dont le premier sourire est cher ;
Quand l'azur, tout frileux encore,
Est de neige éparse mêlé,
Et que midi, frais et voilé,
Revêt une blancheur d'aurore ;
Quand l'air doux dissout la torpeur
Des eaux qui se changeaient en marbres ;
Quand la feuille aux pointes des arbres
Suspend une verte vapeur ;
Et quand la femme est deux fois belle,
Belle de la candeur du jour,
Et du réveil de notre amour
Où sa pudeur se renouvelle,
Oh ! Ne devrais-je pas saisir
Dans leur vol ces rares journées
Qui sont les matins des années
Et la jeunesse du désir ?
Mais je les goûte avec tristesse ;
Tel un hibou, quand l'aube luit,
Roulant ses grands yeux pleins de nuit,
Craint la lumière qui les blesse,
Tel, sortant du deuil hivernal,
J'ouvre de grands yeux encore ivres
Du songe obscur et vain des livres,
Et la nature me fait mal.
[ René-François SULLY PRUDHOMME (1839 – 1907) – Recueil : Les Solitudes ]
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mercredi, 27 février 2008
PRIERE AU PRINTEMPS
Pour remonter le moral d’Aliette,
(ou Lydia, c’est comme bon vous semble !
Blog : Près des Nuages)
ce poème, véritable exhortation pour
que le printemps arrive au plus vite !
Prière au printemps
Toi qui fleuris ce que tu touches,
Qui, dans les bois, aux vieilles souches
Rends la vigueur,
Le sourire à toutes les bouches,
La vie au coeur ;
Qui changes la boue en prairies,
Sèmes d'or et de pierreries
Tous les haillons,
Et jusqu'au seuil des boucheries
Mets des rayons !
Ô printemps, alors que tout aime,
Que s'embellit la tombe même,
Verte au dehors,
Fais naître un renouveau suprême
Au coeur des morts !
Qu'ils ne soient pas les seuls au monde
Pour qui tu restes inféconde,
Saison d'amour !
Mais fais germer dans leur poussière
L'espoir divin de la lumière
Et du retour !
René-François SULLY-PRUDHOMME (1839-1907)
[ Recueil : Les Solitudes ]
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samedi, 09 février 2008
VOYELLES
Comme moi, peu-être avez vous appris ce poème de RIMBAUD à l'école...
Voyelles
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges ;
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
[ Arthur RIMBAUD (1854-1891) Recueil : Poésies ]
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samedi, 02 février 2008
LE MOIS LE PLUS COURT
Février
Aux pans du ciel l'hiver drape un nouveau décor ;
Au firmament l'azur de tons roses s'allume ;
Sur nos trottoirs un vent plus doux enfle la plume
Des petits moineaux gris qu'on y retrouve encor.
Maint coup sec retentit dans la forêt qui dort ;
Et, dans les ravins creux qui s'emplissent de brume,
Aux franges du brouillard malsain qui nous enrhume
L'Orient plus vermeil met une épingle d'or.
Folâtre, et secouant sa clochette argentine,
Le bruyant Carnaval fait sonner sa bottine
Sur le plancher rustique ou le tapis soyeux ;
Le spleen chassé s'en va chercher d'autres victimes ;
La gaîté vient s'asseoir à nos cercles intimes...
C'est le mois le plus court : passons-le plus joyeux
[ Louis-Honoré FRECHETTE, poète, dramaturge et écrivain canadien (1839-1908) Recueil : Oiseaux de neige ]
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